Far breton maison : la recette nature et ses variantes, comme autrefois

far breton recette de grand mère

La recette de base du far breton nature tient en cinq ingrédients : 1 litre de lait entier, 5 œufs, 250 g de farine, 250 g de sucre, 1 gousse de vanille et une pincée de sel. Tout s’assemble en un seul appareil, versé dans un plat beurré, et cuit à 180 °C pendant 35 à 45 minutes. La durée réelle dépend de la profondeur de votre plat et du comportement de votre four – c’est là que se joue l’essentiel.

Le lait entier n’est pas un détail : c’est lui qui donne au far sa texture dense, presque crémeuse, avec cette légère résistance sous la cuillère. Un lait écrémé ou demi-écrémé produit un résultat plus liquide, moins caractéristique. Le far existe sous cette forme sucrée depuis le XIXe siècle, quand l’arrivée du sucre et de la farine de froment a transformé ce qui était à l’origine une bouillie de céréales.

Préparer l’appareil dans le bon ordre

L’ordre de mélange compte. Un appareil grumeleux ou un lait trop chaud versé sur les œufs suffit à gâcher la texture finale.

  1. Faites chauffer le lait avec la gousse de vanille fendue et grattée, sans le porter à ébullition. Retirez du feu dès les premiers frémissements et laissez infuser quelques minutes.
  2. Dans un saladier, fouettez les œufs avec le sucre jusqu’à ce que le mélange blanchisse légèrement – ce n’est pas une émulsion poussée, juste une incorporation homogène.
  3. Incorporez la farine en la tamisant directement dans le mélange œufs-sucre, en fouettant au fur et à mesure pour éviter les grumeaux. La pâte est alors très épaisse.
  4. Versez le lait chaud (pas bouillant) progressivement, en filet, tout en fouettant. Le choc thermique brutal sur les œufs peut les coaguler partiellement ; un versement lent évite ce problème. L’appareil devient fluide et lisse.
  5. Ajoutez la pincée de sel. Laissez reposer l’appareil vingt à trente minutes si possible – les bulles se dissipent et la farine finit de s’hydrater.
  6. Beurrez généreusement votre plat, versez l’appareil et enfournez.

Le choix du plat change le résultat. Un plat trop grand donne un far trop mince qui dessèche rapidement. Un plat trop petit allonge la cuisson et risque de laisser le centre cru. Visez une hauteur d’appareil de deux à trois centimètres dans le plat – c’est la profondeur qui détermine la texture finale entre un far dense et tranché et un far plus souple.


Checklist – far breton nature

  • 1 litre de lait entier
  • 5 œufs
  • 250 g de farine de blé
  • 250 g de sucre blanc
  • 1 gousse de vanille
  • 1 pincée de sel
  • Beurre pour le plat

Étapes à cocher :

  • Lait chauffé avec la vanille, infusé
  • Œufs + sucre fouettés jusqu’à blanchiment léger
  • Farine tamisée incorporée sans grumeaux
  • Lait versé progressivement en filet
  • Appareil reposé 20-30 min
  • Plat beurré, four à 180 °C
  • Cuisson 35 à 45 min selon profondeur du plat

Ce qu’on voit en sortant du four

Un far parfaitement cuit peut sembler tremblotant au centre quand on sort le plat du four. C’est normal. La cuisson continue quelques minutes hors du four, et le far se raffermit en refroidissant. Si vous remettez le plat au four pour « finir la cuisson », vous risquez de dessécher l’ensemble.

Pour évaluer la cuisson, regardez d’abord la surface : elle doit être dorée, presque brune par endroits, avec une légère croûte qui se détache visuellement du bord du plat. Si vous plantez un couteau au centre, il doit ressortir avec très peu d’appareil liquide attaché – quelques traces humides sont acceptables, pas de coulée.

Sur la question du four, la chaleur statique (sole + voûte) est mieux adaptée : elle dore la surface sans assécher l’intérieur. La chaleur tournante accélère la coloration en surface mais peut durcir le dessus avant que le centre soit pris. Si vous n’avez que la chaleur tournante, surveillez dès les premières minutes et couvrez avec une feuille d’aluminium si le dessus colore trop vite.

Le far se déguste tiède ou froid. Chaud, sa texture est crémeuse, presque coulante au cœur. Froid, il est plus dense, plus tranché. Les deux sont corrects.

La version aux pruneaux

Au XIXe siècle, les pêcheurs bretons rapportaient des pruneaux d’Agen de leurs échanges commerciaux – c’est ainsi que cette variante est entrée dans les cuisines bretonnes. Pour 1 litre de lait, une quantité raisonnable se situe autour de 300 à 400 g de pruneaux dénoyautés : assez pour qu’il y en ait dans chaque part, sans que l’appareil soit saturé.

Deux problèmes classiques avec les pruneaux : ils tombent tous au fond, et ils durcissent à la cuisson s’ils partent trop secs.

  1. Faites tremper les pruneaux secs dans de l’eau tiède (ou du thé, ou un peu de rhum) pendant au moins une heure avant de commencer. Des pruneaux déjà moelleux n’ont pas besoin de trempage. L’objectif : qu’ils soient gonflés et souples avant d’entrer au four.
  2. Égouttez-les et séchez-les dans un torchon propre.
  3. Farinez-les légèrement – une cuillère à soupe de farine suffit pour enrober tous les pruneaux. Cette couche fine crée une légère adhérence avec l’appareil et ralentit leur descente au fond pendant la cuisson.
  4. Versez la moitié de l’appareil dans le plat beurré, répartissez les pruneaux, puis couvrez avec le reste de l’appareil. Cette technique en deux couches limite encore le phénomène de sédimentation.
  5. Enfournez et cuisez dans les mêmes conditions que la version nature.

Le résultat n’est pas parfait à 100 % : quelques pruneaux descendront toujours un peu. L’important est qu’ils restent répartis sur toute la hauteur du far, pas entassés sur le fond.

Conservation et variantes aux fruits frais

Le far se conserve 3 à 4 jours au réfrigérateur dans un récipient hermétique ou filmé au contact. Il supporte bien la conservation et certains le trouvent encore meilleur le lendemain, une fois complètement refroidi et raffermi.

Le far aux fruits frais suit la même base d’appareil, mais les fruits juteux posent un problème spécifique : ils rendent de l’eau à la cuisson et peuvent détremper l’appareil au cœur du plat. Pour les pommes, choisissez des variétés qui tiennent à la cuisson : Boskoop, Reinette ou Granny Smith. Pelez-les, coupez-les en morceaux épais et farinez-les avant incorporation, comme pour les pruneaux.

Pour les abricots frais très mûrs, le risque de détrempé est plus élevé encore. Farinaez-les, et préférez des fruits à peine mûrs qui garderont une certaine tenue. La même logique s’applique à des cerises confites ou macérées : l’excès de sirop doit être drainé avant d’incorporer les fruits pour ne pas liquéfier l’appareil.

Si vous souhaitez alléger le sucre pour une variante aux fruits très sucrés, ajustez en réduisant légèrement la quantité de sucre dans l’appareil – mais gardez les proportions œufs-farine-lait stables pour ne pas changer la tenue du far.

Choisissez votre version, beurrez votre plat et préchauffez le four à 180 °C. L’appareil se prépare en moins de quinze minutes.